Acceuil Traversée de l'Afrique Le cauchemar Éthiopien – 29 800 KM

Le cauchemar Éthiopien – 29 800 KM

par JordyAdventure 6 février 2019 16 Commentaires

Me voilà sur les routes d’Éthiopie, je fais rapidement de merveilleuses rencontres dans la ville d’Humera. Je suis invité à manger et dormir. Mes premiers jours de vélo se passent plutôt bien étonnamment ! Les gens sont calmes sur les bords de route. Comme j’étais sur des routes non touristiques, les gens étaient juste surpris de me voir. Beaucoup de curiosité. J’attire vite les gens dès que je m’arrête. Impressionnant d’avoir une cinquantaine de personnes autour de toi qui te regardent.

 

Un simple arrêt sur une route au milieu de rien pour prendre une photo et rapidement les gens sortent de nul part pour venir s’agglutiner autour de moi.

J’ai pu camper qu’une seul fois en Éthiopie. Après m’être déplacé d’un premier endroit où deux jeunes garçons étaient plantés devant moi et m’ont regardé pendant 2 heures, j’ai pu trouver dans une dense foret sur les montagnes un endroit au calme. Cette nuit-là j’ai eu le droit à la visite d’une hyène. Elle s’est approchée, et est repartie tranquillement. Elle n’avait peur ni de la lumière ni de ma présence. Je ne me suis pas fait de souci car je savais que ce genre d’animal ne me ferait aucun mal.

Tout ce que j’avais pu entendre de l’Éthiopie était contredit, mais la presque totalité des voyageurs à vélo qui ont pu traverser ce pays m’ont dit qu’il était le pire endroit à traverser à vélo.

 

 Me voilà à Shire en direction de Gondar, cette route était déjà plus une route touristique. Dès les premiers kilomètres, les enfants commençaient déjà à être beaucoup plus réactifs à mon passage « money money money » « pen pen pen » «Farenji Farenji Farenji » «you you you». Parfois quelques cailloux sont lancés dans ma direction. Plus j’avance et plus cela s’intensifie. Imaginez-vous rentrer dans des villages ou une ville où vous vous retrouvez interpellés par des personnes de partout. Ce sont rarement des interpellations de bienvenue, bien au contraire, vous devenez une cible et tout le monde signale votre présence. Tous essayent de m’appeler pour que je les regarde juste pour faire signe, juste pour rigoler entre eux ou parfois juste pour me faire un signe d’argent. Il y a tellement de monde dans ce pays qu’il n’y a pas une minute où je n’entends pas une phrase qui m’est destinée. Les groupes d’enfants sont assez peu dangereux car le jeu est plus de dire « You you you, money money money » et parfois d’envoyer un caillou dans ma direction, par contre ceux entre 15 et 20 ans en groupe sont généralement beaucoup plus agressifs, chacun avec un bâton sur le dos ils vous regardent méchamment. A mon passage en les évitant je prends parfois un coup sur le bras ou dans les sacoches, sinon ce sont des cailloux envoyés beaucoup plus fortement dans le dos. Ils essayent parfois de m’arrêter ce qu’il ne faut surtout pas faire car ils vous entourent et généralement la discussion finit par parler d’argent. Les adultes sont en principe contre toute cette agressivité mais malheureusement il y a un nombre d’enfants incroyable, et les adultes ne sont pas toujours là. Lorsque les groupes d’enfants me voient au loin je suis terrifié … La seule solution c’est foncer droit devant. D’autres voyageurs ont la technique de leur foncer dessus pour leur faire peur, d’autres sont armés d’un morceau de bois ou de cailloux.

 

Après 3 jours de vélo, je m’arrête manger un goûter avant de finir les derniers 20 km de cote qui me séparent de la ville où je comptais dormir. Quand je repars du village, une vingtaine d’enfant se mettent à courir à côté de moi lors du premier kilomètre quand soudain je suis violemment assommé par un caillou. Une terrible douleur a la tête. J’aperçois cet enfant sur la montagne au-dessus de moi qui s’enfuit dans la forêt, les autres se mettent également à fuir. Je retire la casquette, et me retrouve les mains pleines de sang. Ce n’est pas bon signe. Je fais demi-tour et retourne dans le village, rapidement je réclame de l’eau à me verser sur la tête et nous filons dans un petit hôpital qui était dans le village. On me coupe les cheveux, me verse un désinfectant qui devait être utilisé par nos grand parents durant la guerre car j’ai souffert comme pas possible. Puis ils me disent qu’il va falloir recoudre. Le lieu n’était pas propre et les infirmières rigolaient ensemble parce qu’elles avaient un Farenji en face d’elles. Rien ne me donnait envie de me faire recoudre ici. Je leur demande de me prendre la tête en photo. En voyant ma plaie je tombe dans les pommes… 5 min après je refais surface et leur dit que non je ne veux pas être recousu, et en plus ça ne saignait plus. Une adorable dame propriétaire d’un café dans le village m’a accueilli avec plaisir chez elle. Un jeune homme de 16 ans adorable parlant, un anglais parfait, est resté la soirée avec moi. 

 

Un gars qui m’avait accompagné à l’hôpital et qui avait tenu ma casquette pleine de sang, en a profité pour bien montrer à tout le monde qu’il avait de mon sang sur les mains et m’a donc réclamé de l’argent pour ses services. Soit disant je devais lui donner de l’argent car nous étions amis.

Choqué ! Je refuse, sachant qu’en plus il n’avait déjà pas voulu me rendre la monnaie que je lui réclamais quand j’ai payé les soins de l’hôpital. Bizarrement c’est lui qui a payé les infirmières et qui m’a ensuite demandé de lui donner l’argent. Il a fortement insisté à avoir un petit plus et heureusement la personne chez qui j’allais dormir était adorable et les gens du bar ont viré ce gars. Tout le monde était compréhensif. Ils ont failli appeler la police. 

Mais d’où on réclame de l’argent pour tenir la casquette de quelqu’un de blessé? Il me regarde et me dit qu’on est ami donc qu’il fallait que je lui donne cet argent. Il est malade… Surtout que celui qui m’a emmené en voiture et m’a versé de l’eau sur la tête ne m’a rien demandé, bien au contraire il m’a proposé de déjeuner ensemble le lendemain. Enfin bref tout ça m’a usé je vais me coucher. 

A ce qu’il parait ce n’était pas la première fois qu’il agissait comme ça…

 

La route est magnifique, le paysage est exceptionnel, mais les enfants sont de plus en plus agressifs, les cailloux sont envoyés avec méchanceté, des coups de pieds atterrissent dans les sacoches. A plusieurs reprises, je m’énerve, je pose le vélo et je leur cours après. J’en suis même venu à un point d’avoir des cailloux sur moi. Il n’y a que ça qui leur fait peur. Heureusement quand il y a des adultes, ils sont compréhensifs et me défendent si jamais ils voient ce genre de chose. 

Mais les problèmes s’empirent, en fin de journée à 10 km de la ville où j’allais m’arrêter, au loin un homme (25-30 ans) se met au milieu de la route et me fait signe de m’arrêter. On me fait souvent ça et généralement ça ne sert rien de s’arrêter car c’est pour me demander soit «Where do you go?, Where are you from? , what’s your name? » ou alors pour me demander de leur donner mes vêtements ou de l’argent. J’étais à 20-25km/h et arrivais face à lui. Je l’évite mais il m’agrippe violemment le guidon. Le vélo tombe au sol, j’arrive tant bien que mal à ne pas tomber en sautant du vélo. J’explose de colère, mais il n’a pas l’air intimidé. Son regard était le même que l’homme avec qui on s’est battu en Bulgarie. Un regard noir! Mais dans la seconde qui suit un bus arrive de derrière lui et venait de voir toute la scène. Il freine brusquement au milieu de la route et 20 éthiopiens en colère sont sortis me défendre et se sont mis à lui courir après en lui lançant des cailloux. Il a fui…

Que voulait-il me faire? Qu’avait-il en tête? Encore une fois je n’avais pas de réponse à ça. Ce que je savais c’est que là je n’étais pas face à un enfant qui s’amusait avec le touriste qui passe. J’étais face à beaucoup plus de méchanceté. Je ne préfère pas imaginer un autre scénario.

Ma décision est prise je ne prends plus le vélo dans ce pays. Je rejoindrai la frontière du Kenya en bus. Je n’arrive plus à supporter les gens, je ne me sens pas le bienvenu et pire encore je me sens en danger.

On est dans l’irrespect total. Si tout ce que j’étais en train de vivre ce passait en France envers un étranger à la peau noir on parlerait de racisme. Croyez-moi, c’est très dur. Bahir Dar, 7 heures du matin deux gars se mettent devant moi et me disent « Farenji, tu veux te battre avec moi !? ». Je ne réagis pas et continu ma route. Je suis fatigué, énervé et je n’ose même plus sortir. Encore un exemple assez simple, je demande dans la rue où se situe la poste, on me montre puis on me demande de donner de l’argent pour m’avoir montré ou c’était. Je suis vue comme un porte-monnaie où tous les moyens sont bons pour me faire payer.

 

Heureusement j’ai rencontré quelques bonnes âmes. Je pense à mes premières rencontres à Humera, aux chauffeurs qui emmènent des touristes en voiture, qui m’encouragent, mais aussi aux autres chauffeurs de bus ou camions qui savent ce que les quelques touristes à vélo subissent et qui m’encouragent régulièrement.

Parfois dans les villages quelques hommes ou quelques enfants vous fait un signe gentiment avec un sourire.

 

Le pire endroit au monde à vélo, c’est certainement ici.

Je suis achevé.

 

 

16 Commentaires
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16 Commentaires

Daniel BOBAT 6 février 2019 - 13 h 53 min

Bon courage à toi…après avoir connu le pire je te souhaite le meilleur…qu il arrive rapidement

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Oppin edwige 6 février 2019 - 14 h 16 min

Courage jordy tu passes le pire
Bientôt ce sera que du bonheur!!

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Seb 6 février 2019 - 14 h 36 min

Whaoo ! quelle violence !
Bon courage et repos maintenant !

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Vany 6 février 2019 - 15 h 22 min

Je suis navrée que ton voyage en Ethiopie se soit déroulé ainsi. C’est toujours dur de ne pas se sentir le bienvenu dans un pays, surtout quand nos intentions sont bonnes et bienveillantes. Ce que je retiens de ton histoire c’est que tu as fait beaucoup de mauvaises rencontres, mais qu’il y avait toujours quelqu’un pour t’aider. Accroche toi à ça parce que finalement c’est la seule chose qui compte vraiment; ceux qui étaient bienveillants 🙂
Bon courage pour la suite de ton voyage !

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Bipbip 6 février 2019 - 16 h 35 min

J’ai suivi ta traversée sur instagram et tu ne parlais pas de ce que tu vivais mais je sentais comme un mal-aise dans tes story, et je voyais bien qu’il se passait quelque chose d’étrange…
C’est incroyable…
Courage pour la suite!

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Vallet pierrette 6 février 2019 - 17 h 18 min

Courage a toi tu nous fait voir de belle chose bis

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Ghislaine Larcher 6 février 2019 - 19 h 34 min

c’est vrai que depuis le début de ce nouveau voyage on sent bien que’il manque l’enthousiasme et de chaleur humaine. .par rapport aux autres pays. .on ressent bien l’insécurité ..c’est bien triste. .nous espérons que ce ne sera qu’un mauvais passage et que tu connaitras de nouvelles belles rencontres dans tes prochains kilomètres . .Fais bien attention à toi et bon courage ! !

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Christian 6 février 2019 - 19 h 40 min

Déçu du comportement de certaines personnes heureusement se n’est pas le reflet du monde
Plein de bonne chose pour la suite
Prend soin de toi

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Patrice Dion 7 février 2019 - 1 h 41 min

Je n’ai jamais eu à faire face à ce genre de situation. Je ne voudrais pas être à ta place. Je ne sais pas comment je réagirais. Tu es plus courageux que moi. Bonne chance dans la suite de ton aventure.

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Paris 7 février 2019 - 5 h 53 min

Bon courage à toi 🙂 On te souhaite pleins de bonnes choses

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charly 7 février 2019 - 11 h 05 min

Merci pour ton aventure,courage. Dans l’espoir que la violence se calme, continues un oeil dans le rétro et la tête dans les étoiles. Belle motivation et beau projet, un rêve pour ton cousin qui se questionne dur!

Charly

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Dax83 7 février 2019 - 11 h 40 min

Soit fort Jordy!! On est avec toi!!!!

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Bellenger roger 7 février 2019 - 18 h 51 min

Je pense que cela va s’arrêter et que tu va finir ton aventure dans de bonnes conditions , je te souhaite bon courage

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Dumartin 8 février 2019 - 12 h 54 min

Courage mon jordy fait attention à toi maintenant reste fort tu a faut beaucoup de chose depuit 2018 donc tu dois savoir quoi faire pour éviter le danger bon courage à toi prudence ⚠

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HUISSE Christophe 9 février 2019 - 8 h 29 min

Tout mon soutien ! L’aventure est très riche d’enseignement. La vie n’est fait que de rencontre plaisante qu on ne perçoit pas toujours… amitiés des murs végétalisés…

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joel chartier 9 février 2019 - 11 h 06 min

Bonjour Jordy,
Nous sommes deux nivernais (ma femme native de Courcelles) nous vivons à La Réunion mais avons passé plusieurs années en Ethiopie (surtout en Érythrée) dans les années 70 puis y sommes retournée en 96 ; c’est bien loin…. Nous constatons avec tristesse que l’état d’esprit des gens de ce pays que nous avons beaucoup aimé à bien changé surtout celui des jeunes et je crois que les mésaventures et agressions que tu as connues étaient impensables autrefois. Cette route par les hauts plateaux, Simien, Gondar, Bahar Dar, leLac Tana et les chutes du Nil, nous l’avons faite en 74, avant la guerre d’Érythrée, la bataille d’Asmara et je peux te dire qu’à cette époque, la curiosité des gens était bien réelle mais sans aucune agressivité. Bien sur on réclamait déjà quelques dollars ou birrs aux farenjis, mais les gens étaient avant tout hospitaliers. Ne garde pas une trop mauvaise image de ce peuple qui a souffert et bonne suite de ce fabuleux périple. Bravo, courage !

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