Acceuil Traversée de l'Afrique La générosité avant tout, au Soudan – 28 500

La générosité avant tout, au Soudan – 28 500

par JordyAdventure 24 janvier 2019 1 Commenter

Arrivé à la frontière au nord, j’ai tout de suite ressenti une différence avec l’Égypte qui ne me voyait que comme un porte feuille sur pieds. A peine arrivé dans la première ville (Whadi Halfa) j ai rencontré Osman qui, après quelques secondes de discutions m’a emmené au poste d’immigration pour faire mon enregistrement, changer mon argent, prendre une carte sim, du pain, un hôtel. Par méfiance je me suis dit ce n’était pas possible, qu’il m’aidait pour qu’à la fin je lui donne de l’argent. Il m’a ensuite invité à manger et n’a jamais voulu que je paye car, comme à chaque fois, j’ai le droit à leur phrase. «My friend, don’t paye! You are my guest ».

 Je vous dis qu’il m’a aidé à faire ces choses simples car croyez moi, les villes en Afrique, c’est pas aussi simple de trouver les choses. Par exemple une boulangerie c’est souvent une fenêtre dans une maison avec une lampe au dessus. Généralement, la meilleure technique pour trouver les boulangeries, c’est à l’odorat. Et même en sachant où sont les magasins, vous pouvez oublier les supermarchés de France: seuls des petits kiosques et des marchés sont présents.

 

En général les seuls aliments que je peux trouver sont : des haricots, lentilles, riz, pâtes, noodles, œufs, tomates, oignon, pain et des petits paquets de gâteaux. Pas top pour traverser un désert durant des semaines. Dans les villes, j’essayais d’acheter des sandwichs ou des falafels  pour tenir une ou deux journée de plus avec d’autres aliments. Je reprenais également des forces dans des restaurants. 

Au nord de Khartoum, j’ai longé le Nil et parfois fait des portions de route dans le désert. Peu de personnes sur les routes, c’est assez calme au Soudan, contrairement à l’Égypte. Vent de dos, c’est avec des distances et des vitesses records que je traverse les portions désertiques. Une journée surhumaine de 260 km à 27 km/h de moyenne. Une grosse journée de presque 10h de vélo pour pouvoir rejoindre un groupe de suédois et anglais en voiture, rencontré sur la frontière Égypte – Soudan afin de passer une soirée ensemble. Je n’avais pas encore rencontré de touriste, ça fait plaisir de les voir le temps d’une soirée. Sinon, j’ai eu une journée où le vent a changé de direction en se transformant en tempête de sable. Les narines se bouchent, les yeux s’irritent mais la seule chose à faire c’est avancer lorsqu’on est au milieu de rien. Ça reste supportable, mais c’est désagréable. 

Khartoum est beaucoup plus grouillant, l’air est d’ailleurs encore plus désagréable que dans le désert car avec le sable vous pouvez ajouter la pollution des voitures, le bruit insupportable des moteurs et cette chaleur étouffante. C’est désagréable de rouler dans cette ville, et dangereux. La personne rencontrée au nord le premier jour était à Khartoum vers sa famille, il m’a donc ouvert un appartement vide où j’ai pu séjourner. J’ai rencontré un autre voyageur à vélo belge ( Arthur) qui fait un peu près le même trajet. On a passé quelques soirées ensemble. Il a eu le courage de partir en ayant du diabète de type 1. Chaque jour, il doit avoir une dose d’insuline. C’est pourquoi il a 4 sacoches et une remorque, un lourd chargement qui ne lui permet pas d’aller sur des petites routes, car c’est plus dur pour pédaler mais il y a également la chaleur et l’isolement.

 

Je retrouve, et totalement par hasard, 3 soudanais en costard qui travaillent dans l’or. D’ailleurs, la situation lors de notre deuxième rencontre ressemblait un peu à un film de dealer ou de gangster. Etant donné qu’au Soudan il est impossible de retirer de l’argent avec une carte bancaire étrangère, je suis entré dans le pays avec des dollars. Pour avoir la monnaie soudanaise (pound soudanais), il me fallait changer mon argent soit en banque, soit au black market (c’est à dire dans la rue avec des gens). Les taux du « Black Market » sont amplement meilleurs que dans les banques. Je leur explique donc que je cherche à changer mon argent et s’ils connaissent un endroit dans Khartoum où je peux trouver quelqu’un pour le faire. Ils étaient toujours à bord de leur voiture et moi sur mon vélo arrêté dans la rue. Ils me disent qu’ils peuvent me faire l’échange si je veux, avec un « taux d’ami ». Ils sortent de nombreuses liasses de leur boîte à gant et nous échangeons la monnaie. Mais échanger 60 dollars équivaut à 3 600 SDP, ce qui fait beaucoup, beaucoup de billets. Ils sont ensuite repartis et on est resté en contact pour manger ensemble plus tard. Mais cette transaction à bord de leur voiture m’a parue assez étrange. Je me retrouve donc avec deux énormes liasses, dans la rue, données par la fenêtre d’un pickup : c’est assez gênant. Ça ne rentre ni dans la poche, ni dans le porte monnaie. J’ai mis ça dans une sacoche.

 

Nouvelle rencontre à l’ambassade éthiopienne de Khartoum : un soudanais qui allait faire son voyage de noce en Éthiopie. Après avoir discuté la mâtiné et mangé ensemble, il m’a invité à son mariage. Malheureusement, je suis un peu déçu de la manière dont s’est déroulé ce mariage. Peut être (et je l’espère) que tous les mariages ne se déroulent pas de cette manière. J’ai eu l’impression que pour eux c’est un jour qui doit être immortalisé en vidéos et photos… Je vous explique.

21h, j’arrive dans une salle où un mariage se terminait. Le suivant c’était bien celui de Marcel, la personne rencontrée. Je retrouve son frère qui me met à une table. Salle magnifique, groupe de musique, chanteur, et 700 à 800 personnes. Des organisateurs s’occupent de tout, et il y a même une équipe de 6 cameramans et photographes. 4 écrans géants dans la salle diffusaient le mariage en direct. Jusque là, pourquoi pas, mais au fil de la soirée je ressens comme une mise en scène de film. A ma table, j avais l’impression que les gens ne se connaissaient pas et ne discutaient pas ensemble. Les chaises n’étaient même pas face à la table. Une fois la nourriture sur la table (de très basse qualité par rapport à ce qu’ils font au Soudan) et une canette de Pepsi et de Sprite, vers 22h, tout le monde a fini de manger, comme si c’était le moment le plus important. 22h30, les gens commençent à partir. Minuit la fête est terminée.

Traditionnel ? Oui, par rapport à quelques moments dans la soirée. De plus les mariés n’ont pas mangé, ils ont seulement dansé toute la soirée pour faire des images et des vidéos. Mais ce côté obsessif a totalement détruit la beauté du mariage. D’après ce que j’ai pu entendre, effectivement les mariages soudanais sont dans cette optique là : un maximum de personnes, dépenser un maximum d’argent, et surtout avoir un contenu photo et vidéo digne d’un film hollywoodien. Je dirai que c’est un mariage déséquilibré, qui du coup ne me donne pas bonne impression. 

Mais ça n’enlève pas la gentillesse du Soudanais qui m’a invité et son plaisir de me voir à son mariage. J’ai également pu apprécier les vêtements de soirée des femmes et des hommes, de la musique soudanaise au style africain et leurs danses. 

Mariage Karthoum

Fini de se faire chouchouter, je continue ma route. Contrairement au nord, je ferai beaucoup plus de rencontres au sud. Il y avait un truc que je ne comprenais pas vraiment : parfois, lorsque je demandais de l’eau ou que j’acceptais de boire un thé avec eux, on m’apportait d’abord un plat énorme de nourriture à partager. Donc lavage de doigts et hop, tout le monde les mains dans le plat. Mais pourquoi ? Ils attendent que je leur donne de l’argent en m’obligeant à manger ? Je sais pas. Je mange à petite dose. Les gens vivent au milieux du désert. J’ai de la nourriture dans les sacoches, je ne peux pas me permettre de manger leur nourriture. Partager un repas c’est aussi un signe d’amitié. Donc lavage de mains s’oblige, une mixture de pain, de pois et de lentilles … attention seulement avec la main droite (très difficile je vous assure), tous autour d’un grand wok posé sur une table ou par terre et c’est parti. Mais j’ai appris qu’offrir un repas aux voyageurs c’est normal, les voyageurs ne doivent rien payer parce que c’est très mal vu et ça ne se fait pas.

J’ai eu la situation où j’ai mangé avec des militaires sur un Check point et un paysan qui passait par là s’est mis autour du plat avec nous et à manger sans parler. Un peu surprenant pour moi, pas pour eux. 

Une autre situation qui m’est arrivée à chaque fois dans les boulangeries, si jamais il y avait une file d’attente, les gens voulaient absolument que je passe devant eux pour prendre mon pain en premier. Le voyageur ne vit pas ici et n’a pas le temps d’attendre, d’après eux. C’est également un signe de gentillesse et de devoir. Parfois, impossible de payer mon pain ! Essayer d’expliquer quelques chose est impossible. Et pourtant le Soudan est actuellement en crise économise où tous les prix (notamment pain et pétrole) ont augmenté de plus de 70%. Aux pompes à essence, ce sont des files de voitures qui s’étendent sur plus de 500 mètres. Les gens attendent parfois toute la nuit à la pompe la restriction est énorme. Tous les 2-3 jours de violentes manifestions éclatent dans le pays, principalement dans la capitale. A chaque fois, des morts sont déclarés car la police n’hésite pas à tirer s’il y a des débordements. Ils essayent de disperser les manifestants pour éviter une manifestation trop importante. 

S’il fallait conclure par rapport à ce que j’ai pu voir actuellement durant 1 an et demi, je dirai que le Soudan figure parmi les plus beaux souvenirs de mon voyage. Cela me rassure sur la suite de mon périple car l’Égypte m’a un peu déçu. Générosité, sourires, joie de vivre, et ce malgré les difficultés économiques et politiques que ce pays subit. D’ailleurs, n’allez pas leur dire que pour la France c’est pareil, ça les ferait rire …

Ils ramènent du bois dans leur village

 

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1 Commenter

Delphine Marie-Hélène et Joël du gite de Fancy 24 janvier 2019 - 12 h 30 min

Nous te souhaitons maintenant un super séjour en Ethiopie pays qu’il nous a été donné de connaitre il y a bien longtemps. Là-bas aussi l’accueil est un devoir et le plat de « wot » avec la crèpe « injera » est de rigueur à n’importe quel moment de la journée (attention l’épice le « berbéré » arrache un peu!!!) lorsqu’un étranger arrive dans une famille. Merci pour les photos qui sont toujours magnifiques. Bon vent!

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