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Traversée de l’Afrique

Quelques explications de l’Éthiopie – 29 900 KM

Que dire de l’Éthiopie … 

C’est donc en camion aménagé que je traverse le pays. C’est avec deux autres voyageurs à vélo que je ferais la première partie du voyage jusqu’à Addis Abeba. Eux, à leur arrivée sur la frontière de Moyale, se sont retrouvés au milieu d’une attaque de locaux, en colère contre le gouvernement. Personne ne les a avertis et comme ils avaient déjà passé la frontière soudanaise, il leur était impossible de retourner au Soudan. Rapidement mis dans un convoi militaire, ils sont dirigés vers l’intérieur du pays. Des personnes tuées, des villages aux maisons brûlées et pillées, une scène de guerre qui fait froid dans le dos. Ils ont rencontré des voyageurs en camion, suisses eux aussi, qui leurs prêtera ce camion pour visiter l’Éthiopie un peu plus en sécurité. Malgré tout ça, ils sont toujours sur leur garde car même le camion a reçu des impacts de pierres.

Une fois le visa en poche les propriétaires du camion sont revenus le récupérer (Anne Sophie et Fred ) à Addis Abeba où nous les attendions. C’est donc à 5 que nous traversons la partie sud du pays jusqu’au lac Turkana. Ils ont ramené de Suisse un peu de leur précieuse nourriture : après 3 mois en Afrique, le simple morceau de saucisson, la confiture maison ou même la fondue furent un moment de bonheur incroyable !

Vous m’avez posé, et je me suis posé aussi beaucoup de questions sur l’état de l’Éthiopie.

Pourquoi tant d’agressivité, pourquoi les gens réagissent-ils comme ça envers les cyclotouristes…  Ce que je vais dire n’est qu’un constat au point de vue de mon vélo, bien entendu, et je le répète, je ne généralise jamais tout un pays. J’ai rencontré des personnes géniales en Éthiopie, avec le cœur sur la main.   

Tout d’abord, ils sont très agressifs entre eux, ils se parlent sèchement et les enfants reçoivent des coups de bâton ou des cailloux pour être repoussés lorsque qu’ils s’agglutinaient autour de moi. Étrange comme éducation…

Il y a un nombre de naissances qui explose. A chaque fois que j’ai parlé du nombre de frères et sœurs que chaque enfant pouvait avoir, c’était toujours entre 6 et 10.  40% des éthiopiens ont moins de 15 ans. Ce qui fait de lui un pays avec beaucoup beaucoup d’enfants. Et lorsque les enfants sont en groupe y en a toujours un qui essaiera de dépasser les limites pour se montrer plus fort que les autres. Et le problème c’est que des groupes d’enfants en Éthiopie il y a tout le temps sur la route. 

L’éducation est bien présente mais encore beaucoup ne sont pas à l’école et le manque d’argent dans les familles incite rapidement les enfants à quitter l’école ou même à ne jamais y aller. Beaucoup de choses sont apprises à l’école : je pense à la vie en communauté, ce qui se passe réellement dans le monde, le respect des autres, le respect des règles, … 

Ensuite le tourisme. Chaque routes où le tourisme est présent sont les routes où j’ai vu le plus d’agressivité envers moi. Beaucoup de touristes veulent sauver la pauvreté en donnant de l’argent, sauver la faim en donnant à manger, et promouvoir l’éducation en offrant des stylos, … sauf qu’aujourd’hui c’est un harcèlement constant que je subis, pas une minute de tranquillité sans qu’on me réclame avec insistance de l’argent (pas 1 minute ! Et je n’exagère pas) car pour eux le blanc est forcément riche et peut donner sans compter… Donner dans la rue de cette manière n’est pas une solution.

Enfin, les éthiopiens boivent énormément d’alcool. La bière est très souvent bu à l’excès, ce qui n’aide pas à se sentir en sécurité en fin de journée. Vue la croissante population de ce pays, je ne m’attends pas à entendre des bonnes nouvelles de l’Éthiopie plus tard … de plus le gouvernement cache beaucoup de choses : parfois internet est coupé durant plusieurs mois dans tout le pays afin d’étouffer certaines informations. Beaucoup de choses sont floues à ce niveau et il y a régulièrement des attaques des locaux visant l’état. La situation du pays est instable. 

En contre partie au sud d’Addis-Abeba, pas mal d’usine se sont implantées, beaucoup de personnes y travaillent. Une classe moyenne s’est formée et les villes me paraissait beaucoup plus calmes, j’étais moins regardé et moins interpellé.

L’Éthiopie, que ce soit à vélo ou à pieds, je déconseille.

5 mars 2019 0 Commenter
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Le cauchemar Éthiopien – 29 800 KM

Me voilà sur les routes d’Éthiopie, je fais rapidement de merveilleuses rencontres dans la ville d’Humera. Je suis invité à manger et dormir. Mes premiers jours de vélo se passent plutôt bien étonnamment ! Les gens sont calmes sur les bords de route. Comme j’étais sur des routes non touristiques, les gens étaient juste surpris de me voir. Beaucoup de curiosité. J’attire vite les gens dès que je m’arrête. Impressionnant d’avoir une cinquantaine de personnes autour de toi qui te regardent.

 

Un simple arrêt sur une route au milieu de rien pour prendre une photo et rapidement les gens sortent de nul part pour venir s’agglutiner autour de moi.

J’ai pu camper qu’une seul fois en Éthiopie. Après m’être déplacé d’un premier endroit où deux jeunes garçons étaient plantés devant moi et m’ont regardé pendant 2 heures, j’ai pu trouver dans une dense foret sur les montagnes un endroit au calme. Cette nuit-là j’ai eu le droit à la visite d’une hyène. Elle s’est approchée, et est repartie tranquillement. Elle n’avait peur ni de la lumière ni de ma présence. Je ne me suis pas fait de souci car je savais que ce genre d’animal ne me ferait aucun mal.

Tout ce que j’avais pu entendre de l’Éthiopie était contredit, mais la presque totalité des voyageurs à vélo qui ont pu traverser ce pays m’ont dit qu’il était le pire endroit à traverser à vélo.

 

 Me voilà à Shire en direction de Gondar, cette route était déjà plus une route touristique. Dès les premiers kilomètres, les enfants commençaient déjà à être beaucoup plus réactifs à mon passage « money money money » « pen pen pen » «Farenji Farenji Farenji » «you you you». Parfois quelques cailloux sont lancés dans ma direction. Plus j’avance et plus cela s’intensifie. Imaginez-vous rentrer dans des villages ou une ville où vous vous retrouvez interpellés par des personnes de partout. Ce sont rarement des interpellations de bienvenue, bien au contraire, vous devenez une cible et tout le monde signale votre présence. Tous essayent de m’appeler pour que je les regarde juste pour faire signe, juste pour rigoler entre eux ou parfois juste pour me faire un signe d’argent. Il y a tellement de monde dans ce pays qu’il n’y a pas une minute où je n’entends pas une phrase qui m’est destinée. Les groupes d’enfants sont assez peu dangereux car le jeu est plus de dire « You you you, money money money » et parfois d’envoyer un caillou dans ma direction, par contre ceux entre 15 et 20 ans en groupe sont généralement beaucoup plus agressifs, chacun avec un bâton sur le dos ils vous regardent méchamment. A mon passage en les évitant je prends parfois un coup sur le bras ou dans les sacoches, sinon ce sont des cailloux envoyés beaucoup plus fortement dans le dos. Ils essayent parfois de m’arrêter ce qu’il ne faut surtout pas faire car ils vous entourent et généralement la discussion finit par parler d’argent. Les adultes sont en principe contre toute cette agressivité mais malheureusement il y a un nombre d’enfants incroyable, et les adultes ne sont pas toujours là. Lorsque les groupes d’enfants me voient au loin je suis terrifié … La seule solution c’est foncer droit devant. D’autres voyageurs ont la technique de leur foncer dessus pour leur faire peur, d’autres sont armés d’un morceau de bois ou de cailloux.

 

Après 3 jours de vélo, je m’arrête manger un goûter avant de finir les derniers 20 km de cote qui me séparent de la ville où je comptais dormir. Quand je repars du village, une vingtaine d’enfant se mettent à courir à côté de moi lors du premier kilomètre quand soudain je suis violemment assommé par un caillou. Une terrible douleur a la tête. J’aperçois cet enfant sur la montagne au-dessus de moi qui s’enfuit dans la forêt, les autres se mettent également à fuir. Je retire la casquette, et me retrouve les mains pleines de sang. Ce n’est pas bon signe. Je fais demi-tour et retourne dans le village, rapidement je réclame de l’eau à me verser sur la tête et nous filons dans un petit hôpital qui était dans le village. On me coupe les cheveux, me verse un désinfectant qui devait être utilisé par nos grand parents durant la guerre car j’ai souffert comme pas possible. Puis ils me disent qu’il va falloir recoudre. Le lieu n’était pas propre et les infirmières rigolaient ensemble parce qu’elles avaient un Farenji en face d’elles. Rien ne me donnait envie de me faire recoudre ici. Je leur demande de me prendre la tête en photo. En voyant ma plaie je tombe dans les pommes… 5 min après je refais surface et leur dit que non je ne veux pas être recousu, et en plus ça ne saignait plus. Une adorable dame propriétaire d’un café dans le village m’a accueilli avec plaisir chez elle. Un jeune homme de 16 ans adorable parlant, un anglais parfait, est resté la soirée avec moi. 

 

Un gars qui m’avait accompagné à l’hôpital et qui avait tenu ma casquette pleine de sang, en a profité pour bien montrer à tout le monde qu’il avait de mon sang sur les mains et m’a donc réclamé de l’argent pour ses services. Soit disant je devais lui donner de l’argent car nous étions amis.

Choqué ! Je refuse, sachant qu’en plus il n’avait déjà pas voulu me rendre la monnaie que je lui réclamais quand j’ai payé les soins de l’hôpital. Bizarrement c’est lui qui a payé les infirmières et qui m’a ensuite demandé de lui donner l’argent. Il a fortement insisté à avoir un petit plus et heureusement la personne chez qui j’allais dormir était adorable et les gens du bar ont viré ce gars. Tout le monde était compréhensif. Ils ont failli appeler la police. 

Mais d’où on réclame de l’argent pour tenir la casquette de quelqu’un de blessé? Il me regarde et me dit qu’on est ami donc qu’il fallait que je lui donne cet argent. Il est malade… Surtout que celui qui m’a emmené en voiture et m’a versé de l’eau sur la tête ne m’a rien demandé, bien au contraire il m’a proposé de déjeuner ensemble le lendemain. Enfin bref tout ça m’a usé je vais me coucher. 

A ce qu’il parait ce n’était pas la première fois qu’il agissait comme ça…

 

La route est magnifique, le paysage est exceptionnel, mais les enfants sont de plus en plus agressifs, les cailloux sont envoyés avec méchanceté, des coups de pieds atterrissent dans les sacoches. A plusieurs reprises, je m’énerve, je pose le vélo et je leur cours après. J’en suis même venu à un point d’avoir des cailloux sur moi. Il n’y a que ça qui leur fait peur. Heureusement quand il y a des adultes, ils sont compréhensifs et me défendent si jamais ils voient ce genre de chose. 

Mais les problèmes s’empirent, en fin de journée à 10 km de la ville où j’allais m’arrêter, au loin un homme (25-30 ans) se met au milieu de la route et me fait signe de m’arrêter. On me fait souvent ça et généralement ça ne sert rien de s’arrêter car c’est pour me demander soit «Where do you go?, Where are you from? , what’s your name? » ou alors pour me demander de leur donner mes vêtements ou de l’argent. J’étais à 20-25km/h et arrivais face à lui. Je l’évite mais il m’agrippe violemment le guidon. Le vélo tombe au sol, j’arrive tant bien que mal à ne pas tomber en sautant du vélo. J’explose de colère, mais il n’a pas l’air intimidé. Son regard était le même que l’homme avec qui on s’est battu en Bulgarie. Un regard noir! Mais dans la seconde qui suit un bus arrive de derrière lui et venait de voir toute la scène. Il freine brusquement au milieu de la route et 20 éthiopiens en colère sont sortis me défendre et se sont mis à lui courir après en lui lançant des cailloux. Il a fui…

Que voulait-il me faire? Qu’avait-il en tête? Encore une fois je n’avais pas de réponse à ça. Ce que je savais c’est que là je n’étais pas face à un enfant qui s’amusait avec le touriste qui passe. J’étais face à beaucoup plus de méchanceté. Je ne préfère pas imaginer un autre scénario.

Ma décision est prise je ne prends plus le vélo dans ce pays. Je rejoindrai la frontière du Kenya en bus. Je n’arrive plus à supporter les gens, je ne me sens pas le bienvenu et pire encore je me sens en danger.

On est dans l’irrespect total. Si tout ce que j’étais en train de vivre ce passait en France envers un étranger à la peau noir on parlerait de racisme. Croyez-moi, c’est très dur. Bahir Dar, 7 heures du matin deux gars se mettent devant moi et me disent « Farenji, tu veux te battre avec moi !? ». Je ne réagis pas et continu ma route. Je suis fatigué, énervé et je n’ose même plus sortir. Encore un exemple assez simple, je demande dans la rue où se situe la poste, on me montre puis on me demande de donner de l’argent pour m’avoir montré ou c’était. Je suis vue comme un porte-monnaie où tous les moyens sont bons pour me faire payer.

 

Heureusement j’ai rencontré quelques bonnes âmes. Je pense à mes premières rencontres à Humera, aux chauffeurs qui emmènent des touristes en voiture, qui m’encouragent, mais aussi aux autres chauffeurs de bus ou camions qui savent ce que les quelques touristes à vélo subissent et qui m’encouragent régulièrement.

Parfois dans les villages quelques hommes ou quelques enfants vous fait un signe gentiment avec un sourire.

 

Le pire endroit au monde à vélo, c’est certainement ici.

Je suis achevé.

 

 

6 février 2019 16 Commentaires
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Lug Di, une entrée en Éthiopie guider par les populations – 29 000 KM

1 semaine avant que je n’arrive en Éthiopie, par la frontière entre le Soudan et l’Éthiopie (Metema) où j’allais passer, de très mauvaises nouvelles ont fait surface. Des maisons brûlées et des personnes tuées entre Metema et Gondar suite à des affrontements ethniques. Cette région est souvent touché par ce problème. La frontière est même peut être fermée. Très difficile d’avoir des informations mais ce qui est sur c’est qu’à ce jour, elle est déconseillée. Le problème c’est qu’il n’y a que deux frontières visibles sur ma carte et même d’après internet … 

Petit ferry 30 km avant la frontière

Un autre cyclo-voyageur était dans la même situation que moi, nous avons donc cherché une solution et c’est rapidement que nous entendons parler d’une frontière un peu plus au nord. Plus je m’approchais de cette endroit et plus je m’informais pour savoir comment y aller. C’est après avoir pu rencontrer un homme travaillant dans un truc de lois, parlant parfaitement anglais, qu’il a pu me confirmer l’existence de cette frontière. Lug Di. Le problème maintenant c’est comment y accéder. Au fur et à mesure, j’arrive à avoir des noms de villes (non répertoriés sur Google maps) et on me confirme l’existence de cette frontière.  Je m’arrête donc régulièrement demander si je suis sur la bonne direction et après deux jours de vélo dans des endroits assez inconnus, j’arrive enfin à cette frontière. La ville de Lug Di. J’appellerai plutôt ça le marché de Lugdi : seulement une mosquée, un hôtel et une cinquantaine de supérettes où on peut acheter de tout. Aucune maison. Ils vivent tous dans leurs magasins. Ici cohabitent Éthiopiens et Soudanais, j’ai aimé voir cette entente entre eux.

   

Mais rapidement je me fais alpaguer dans ce mystérieux endroit. Invité à manger ou à boire le thé une fois, deux fois, trois fois. Tout le monde se connaît, tout le monde ce salue, et au bout de 2 heures,tout le monde me connaissait. Je suis invité à dormir chez l’un d’eux dans un magasin de vêtements. Impossible de payer quoi que ce soit. Ils me disent tous, tu voyages, tu es invité, tu ne paies rien ! 

Au petit matin, c’est un réveil tranquille, avec une douce fraîcheur matinale, comme si j’étais dans un camping où je venais tous les ans et je connaissais tout le monde. Chacun se salue, discute et repart. J’échange ma monnaie soudanaise en monnaie éthiopienne (Birr) pour ensuite passer les postes de douanes. Je dirais plus tôt les cabanes de douane. Du côté soudanais, ils ont un petit bâtiment en tôle où 3 officiers sont présents : deux au bureau et leur supérieur qui dort derrière, dans un lit et qui répond parfois aux questions. Ensuite, côté éthiopien, ce n’est même plus un bâtiment, ce sont seulement 4 poteaux avec 2 tôles pour le toit et un bureau dans le sable. Ils vérifient tout, me donnent un papier et me disent que le tampon d’entrée se fera au service d’immigration dans la ville d’Humera, 60 km plus loin. 

Ça y est, après s’être fait fouillé, on me demande si j’ai une arme, on me regarde bizarrement en voyant ma trousse de pharmacie puis on me laisse partir. Je suis en Éthiopie. 

L’Éthiopie, ou plutôt le cauchemar du voyageur à vélo. Les retours sur ce pays sont généralement très mauvais. Il y a beaucoup de monde dans ce pays mais surtout beaucoup d’enfants …

Les pires de tous, ils réclament de l’argent, des stylos, de la nourriture, … et ce, à longueur de journée. En plus de ça, ils courent après le vélo pour voler ce qu’il y a dessus, vous lancent des cailloux, essaient de mettre des coup de bouts de bois, des coups de fouet, … Ce n’est pas qu’une seule personne qui raconte ces faits, ce sont 100 % des voyageurs à vélo. Je sais donc ce qui m’attend. On m’a signalé les pires endroits, bien entendu les plus touristiques. Plus les touristes passent, plus ils sont habitués à ça et n’hésitent pas à franchir les limites. 

La frontière que j’ai passée est loin des touristes, les 60 premiers kilomètres sont donc un pur plaisir. Je comprends rapidement que les touristes n’empruntent que très rarement, voire jamais cette route. C’est parfait pour moi. Les gens sont surpris, les enfants ne disent rien, ils me regardent passer avec des yeux énormes – les adultes aussi d’ailleurs. Je les salue, ce qui les détend un peu. 

Tous les regards sont tournés vers moi. 

27 janvier 2019 1 Commenter
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La générosité avant tout, au Soudan – 28 500

Arrivé à la frontière au nord, j’ai tout de suite ressenti une différence avec l’Égypte qui ne me voyait que comme un porte feuille sur pieds. A peine arrivé dans la première ville (Whadi Halfa) j ai rencontré Osman qui, après quelques secondes de discutions m’a emmené au poste d’immigration pour faire mon enregistrement, changer mon argent, prendre une carte sim, du pain, un hôtel. Par méfiance je me suis dit ce n’était pas possible, qu’il m’aidait pour qu’à la fin je lui donne de l’argent. Il m’a ensuite invité à manger et n’a jamais voulu que je paye car, comme à chaque fois, j’ai le droit à leur phrase. «My friend, don’t paye! You are my guest ».

 Je vous dis qu’il m’a aidé à faire ces choses simples car croyez moi, les villes en Afrique, c’est pas aussi simple de trouver les choses. Par exemple une boulangerie c’est souvent une fenêtre dans une maison avec une lampe au dessus. Généralement, la meilleure technique pour trouver les boulangeries, c’est à l’odorat. Et même en sachant où sont les magasins, vous pouvez oublier les supermarchés de France: seuls des petits kiosques et des marchés sont présents.

 

En général les seuls aliments que je peux trouver sont : des haricots, lentilles, riz, pâtes, noodles, œufs, tomates, oignon, pain et des petits paquets de gâteaux. Pas top pour traverser un désert durant des semaines. Dans les villes, j’essayais d’acheter des sandwichs ou des falafels  pour tenir une ou deux journée de plus avec d’autres aliments. Je reprenais également des forces dans des restaurants. 

Au nord de Khartoum, j’ai longé le Nil et parfois fait des portions de route dans le désert. Peu de personnes sur les routes, c’est assez calme au Soudan, contrairement à l’Égypte. Vent de dos, c’est avec des distances et des vitesses records que je traverse les portions désertiques. Une journée surhumaine de 260 km à 27 km/h de moyenne. Une grosse journée de presque 10h de vélo pour pouvoir rejoindre un groupe de suédois et anglais en voiture, rencontré sur la frontière Égypte – Soudan afin de passer une soirée ensemble. Je n’avais pas encore rencontré de touriste, ça fait plaisir de les voir le temps d’une soirée. Sinon, j’ai eu une journée où le vent a changé de direction en se transformant en tempête de sable. Les narines se bouchent, les yeux s’irritent mais la seule chose à faire c’est avancer lorsqu’on est au milieu de rien. Ça reste supportable, mais c’est désagréable. 

Khartoum est beaucoup plus grouillant, l’air est d’ailleurs encore plus désagréable que dans le désert car avec le sable vous pouvez ajouter la pollution des voitures, le bruit insupportable des moteurs et cette chaleur étouffante. C’est désagréable de rouler dans cette ville, et dangereux. La personne rencontrée au nord le premier jour était à Khartoum vers sa famille, il m’a donc ouvert un appartement vide où j’ai pu séjourner. J’ai rencontré un autre voyageur à vélo belge ( Arthur) qui fait un peu près le même trajet. On a passé quelques soirées ensemble. Il a eu le courage de partir en ayant du diabète de type 1. Chaque jour, il doit avoir une dose d’insuline. C’est pourquoi il a 4 sacoches et une remorque, un lourd chargement qui ne lui permet pas d’aller sur des petites routes, car c’est plus dur pour pédaler mais il y a également la chaleur et l’isolement.

 

Je retrouve, et totalement par hasard, 3 soudanais en costard qui travaillent dans l’or. D’ailleurs, la situation lors de notre deuxième rencontre ressemblait un peu à un film de dealer ou de gangster. Etant donné qu’au Soudan il est impossible de retirer de l’argent avec une carte bancaire étrangère, je suis entré dans le pays avec des dollars. Pour avoir la monnaie soudanaise (pound soudanais), il me fallait changer mon argent soit en banque, soit au black market (c’est à dire dans la rue avec des gens). Les taux du « Black Market » sont amplement meilleurs que dans les banques. Je leur explique donc que je cherche à changer mon argent et s’ils connaissent un endroit dans Khartoum où je peux trouver quelqu’un pour le faire. Ils étaient toujours à bord de leur voiture et moi sur mon vélo arrêté dans la rue. Ils me disent qu’ils peuvent me faire l’échange si je veux, avec un « taux d’ami ». Ils sortent de nombreuses liasses de leur boîte à gant et nous échangeons la monnaie. Mais échanger 60 dollars équivaut à 3 600 SDP, ce qui fait beaucoup, beaucoup de billets. Ils sont ensuite repartis et on est resté en contact pour manger ensemble plus tard. Mais cette transaction à bord de leur voiture m’a parue assez étrange. Je me retrouve donc avec deux énormes liasses, dans la rue, données par la fenêtre d’un pickup : c’est assez gênant. Ça ne rentre ni dans la poche, ni dans le porte monnaie. J’ai mis ça dans une sacoche.

 

Nouvelle rencontre à l’ambassade éthiopienne de Khartoum : un soudanais qui allait faire son voyage de noce en Éthiopie. Après avoir discuté la mâtiné et mangé ensemble, il m’a invité à son mariage. Malheureusement, je suis un peu déçu de la manière dont s’est déroulé ce mariage. Peut être (et je l’espère) que tous les mariages ne se déroulent pas de cette manière. J’ai eu l’impression que pour eux c’est un jour qui doit être immortalisé en vidéos et photos… Je vous explique.

21h, j’arrive dans une salle où un mariage se terminait. Le suivant c’était bien celui de Marcel, la personne rencontrée. Je retrouve son frère qui me met à une table. Salle magnifique, groupe de musique, chanteur, et 700 à 800 personnes. Des organisateurs s’occupent de tout, et il y a même une équipe de 6 cameramans et photographes. 4 écrans géants dans la salle diffusaient le mariage en direct. Jusque là, pourquoi pas, mais au fil de la soirée je ressens comme une mise en scène de film. A ma table, j avais l’impression que les gens ne se connaissaient pas et ne discutaient pas ensemble. Les chaises n’étaient même pas face à la table. Une fois la nourriture sur la table (de très basse qualité par rapport à ce qu’ils font au Soudan) et une canette de Pepsi et de Sprite, vers 22h, tout le monde a fini de manger, comme si c’était le moment le plus important. 22h30, les gens commençent à partir. Minuit la fête est terminée.

Traditionnel ? Oui, par rapport à quelques moments dans la soirée. De plus les mariés n’ont pas mangé, ils ont seulement dansé toute la soirée pour faire des images et des vidéos. Mais ce côté obsessif a totalement détruit la beauté du mariage. D’après ce que j’ai pu entendre, effectivement les mariages soudanais sont dans cette optique là : un maximum de personnes, dépenser un maximum d’argent, et surtout avoir un contenu photo et vidéo digne d’un film hollywoodien. Je dirai que c’est un mariage déséquilibré, qui du coup ne me donne pas bonne impression. 

Mais ça n’enlève pas la gentillesse du Soudanais qui m’a invité et son plaisir de me voir à son mariage. J’ai également pu apprécier les vêtements de soirée des femmes et des hommes, de la musique soudanaise au style africain et leurs danses. 

Mariage Karthoum

Fini de se faire chouchouter, je continue ma route. Contrairement au nord, je ferai beaucoup plus de rencontres au sud. Il y avait un truc que je ne comprenais pas vraiment : parfois, lorsque je demandais de l’eau ou que j’acceptais de boire un thé avec eux, on m’apportait d’abord un plat énorme de nourriture à partager. Donc lavage de doigts et hop, tout le monde les mains dans le plat. Mais pourquoi ? Ils attendent que je leur donne de l’argent en m’obligeant à manger ? Je sais pas. Je mange à petite dose. Les gens vivent au milieux du désert. J’ai de la nourriture dans les sacoches, je ne peux pas me permettre de manger leur nourriture. Partager un repas c’est aussi un signe d’amitié. Donc lavage de mains s’oblige, une mixture de pain, de pois et de lentilles … attention seulement avec la main droite (très difficile je vous assure), tous autour d’un grand wok posé sur une table ou par terre et c’est parti. Mais j’ai appris qu’offrir un repas aux voyageurs c’est normal, les voyageurs ne doivent rien payer parce que c’est très mal vu et ça ne se fait pas.

J’ai eu la situation où j’ai mangé avec des militaires sur un Check point et un paysan qui passait par là s’est mis autour du plat avec nous et à manger sans parler. Un peu surprenant pour moi, pas pour eux. 

Une autre situation qui m’est arrivée à chaque fois dans les boulangeries, si jamais il y avait une file d’attente, les gens voulaient absolument que je passe devant eux pour prendre mon pain en premier. Le voyageur ne vit pas ici et n’a pas le temps d’attendre, d’après eux. C’est également un signe de gentillesse et de devoir. Parfois, impossible de payer mon pain ! Essayer d’expliquer quelques chose est impossible. Et pourtant le Soudan est actuellement en crise économise où tous les prix (notamment pain et pétrole) ont augmenté de plus de 70%. Aux pompes à essence, ce sont des files de voitures qui s’étendent sur plus de 500 mètres. Les gens attendent parfois toute la nuit à la pompe la restriction est énorme. Tous les 2-3 jours de violentes manifestions éclatent dans le pays, principalement dans la capitale. A chaque fois, des morts sont déclarés car la police n’hésite pas à tirer s’il y a des débordements. Ils essayent de disperser les manifestants pour éviter une manifestation trop importante. 

S’il fallait conclure par rapport à ce que j’ai pu voir actuellement durant 1 an et demi, je dirai que le Soudan figure parmi les plus beaux souvenirs de mon voyage. Cela me rassure sur la suite de mon périple car l’Égypte m’a un peu déçu. Générosité, sourires, joie de vivre, et ce malgré les difficultés économiques et politiques que ce pays subit. D’ailleurs, n’allez pas leur dire que pour la France c’est pareil, ça les ferait rire …

Ils ramènent du bois dans leur village

 

24 janvier 2019 1 Commenter
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Le Sahara, une région sans pitié – 27 200 KM

Tout d’abord, un joyeux noël et meilleurs vœux pour 2019 à ceux qui me suivent de loin ou de prés. 

Et un grand merci à vos petits messages d’encouragements et les nouvelles qui font plaisir à lire lors des soirées seul dans ma tente. 

Après avoir quitté la ville d’Aswan en ayant eu mon visa soudanais,  je me suis dirigé vers la frontière. La forte densité de population et l’agriculture abondante y est beaucoup moins présente. Je prends une route indirecte qui longe le Nil, rarement fréquentée par les touristes (rare pour les locaux également, une dizaine de voitures dans la journée). Je décide de choisir cette route au milieu du désert. Après quelques calculs, se seront environ 3 bonnes journées de vélo, sans point d’eau ni nourriture. Il y a cependant 2 ou 3 villages avec quelques habitants qui pourront toujours me fournir. 

La route est incroyable, certes désertique, mais elle change au fur et à mesure des kilomètres. La il y a un peu de relief autour de moi toute la journée je ne lâche pas des yeux ce qui m’entoure. Beaucoup moins ennuyant que les routes désertiques du Kazakhstan au passage. Le dernier jour (le 25 décembre) sera beaucoup moins simple. Parti le vent dans le dos, ce jour là le vent ne m’était plus favorable et la route était de plus en plus dégradée. Des fissures bombées en formes de ralentisseurs tous les 2 mètres m’empêchant de dépasser les 10 km/h.  La chaleur devenait de plus en plus insoutenable. L’après midi arrivait et il me restait encore 80 km à faire pour rejoindre une ville. Je n’avais plus qu’1 litre d’eau. Suffisant pour finir. Tout du moins, c’est ce que je croyais. (Je suis souvent optimiste dans la vie).  Malgré ma retenue à boire, l’eau a rapidement manqué. Et parce que ce n’était pas assez compliqué comme ça, la route était parfois ensevelie sous des dunes de sable.

Quand la nature reprend sa place

Pédaler était impossible et pousser le vélo n’était pas plus reposant. Mais là je n’avais pas le choix. Les pieds dans le sable et on pousse en levant le vélo pour avancer. J’aurais passé une nuit terrible si j’avais campé sans eau. J’ai arrêté les 3 voitures que j’ai croisées. Je n’ai pu avoir que 2 clémentines mais elles m’ont fait tellement de bien. Un cadeau de noël magnifique. J’ai eu d’ailleurs cette image des noëls où les gens se contenté de peu. Peu ? Ca dépend du point de vue …

On m’aurait tendu 20 euros où 2 clémentines, aucune hésitation. La saveur des clémentines furent incroyable. Désolé les 20 euros mais il me restait encore du papier toilette dans les sacoches.    

  Quand je calculais les distances et temps de vélo, je voyais bien que la nuit me prendrait avant d’arriver, mais tant pis. Et après tout, le soleil ne se couche qu’à 17h et je peux rouler la nuit. 20 km avant la ville, je tombe sur chantier, et c’est assoiffé que j’avale l’eau qu’ils me donnent. Bonne ou mauvaise eau, peu importe, j’ai si soif! Enfin! Plus qu’à rejoindre tranquillement la ville, dans le noir à présent.

Épuisé d’avoir fait 360 kilomètres en autonomie total, je vide la supérette du village et les militaires m’invitent alors à dormir dans le bâtiment où ils contrôlent la circulation. 

Les déserts n’ont aucune pitié, mieux vaut bien gérer son coup ! À vélo, cela reste encore assez simple d’avancer dans le désert ; on peut couvrir une distance assez importante dans la journée, mais si jamais le vélo venait à casser, à pieds, le dernier recours aurait été d’attendre une voiture. Dans le désert on ressent rapidement que le nombre de possibilités se restreint. La sensation de soif et de devoir continuer l’effort sur plusieurs heures pour avoir cette eau est une souffrance horrible.

Protégeons nos rivières, elles sont notre mère.

Sahara désert – Égypte

50, 40, 30, 20, 10 kilomètres, j’aperçois au loin la  frontière avec le Soudan.

7 janvier 2019 1 Commenter
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