Acceuil Tour d'Eurasie Jour 294 – Des steppes Kirghizes aux montagnes Tadjik

Jour 294 – Des steppes Kirghizes aux montagnes Tadjik

par JordyAdventure 11 juin 2018 3 Commentaires

      Il est temps pour moi d’abandonner ma covoyageuse Coline, qui a réussi à me supporter jusqu’à l’endroit de notre séparation. Ce fut des paysages grandioses. Rouler au milieu des steppes, voir tous ces chevaux en liberté, des yachts et même des chameaux. On ne s’en lasse pas. Ça n’aura pas été de tout repos car les 3/4 des routes étaient en chemin. Le coup de pédale se ressent beaucoup plus dur que d’habitude, surtout pour passer les cols à plus de 3 000 mètres. On oublie vite la difficulté lorsque l’on découvre l’immensité de la nature kirghize  derrière chaque virage. Nous avons été vraiment chanceux concernant la météo : beaucoup de soleil, le vent n’a pas dérangé.

        J’avais a peine quitté Coline, que je devais déjà repartir de Och pour continuer cette route mythique. La M41 ( Pamir highway). J’ai 20 jours pour la traverser avant que mon visa ouzbek ne démarre et d’après les cyclistes qui l’ont franchi avant moi, il faut ces 20 jours. Je n’aurai le droit à aucune casse ou inattendu. Un premier col sur asphalte à plus de 3300 m et me voilà au pied du Tadjikistan sur une plaine enneigée. ( Sari Tash).  C’est aussi là que je passerai la nuit. Situer à 3 000 mètres la température descendra à -12 degrés dans la tente. Fraîche nuit ! Mais bon le plus dur n’est pas d’y dormir. C’est surtout de sortir de son duvet le matin. Motivation maximale, j’allume le réchaud, fais fondre de la neige, du sucre, un sachet de thé, quelques gâteaux et me voila déjà beaucoup mieux.

         Le lendemain matin, je profite de cette gelée pour franchir le col (frontière Kirghiz- Tadjik), car la neige fondue, mêlée à la boue, n’est pas vraiment l’idéal pour pédaler avec un vélo de voyage. Et a deux reprises des voyageurs a moto et en camion m’ont dit que le col est difficilement franchissable et qu’il ne fallait pas que je m’y aventure. Toujours dans l’exagération les voyageurs européens motorisés.  Heureusement, tout ce passera à merveille, seuls les 5 derniers kilomètres furent plus compliqués avec l’apparition de la boue. J’en ai bloqué deux fois le vélo, elle se mettait dans les gardes boue, mais rien de bien méchant. A midi, je passais enfin la frontière tadjik, située à 4300 mètres. C’est dans ce col que j’ai le plus peiné. La première montée à cette altitude m’essouffle rapidement et mes muscles manquaient d’oxygène. Je m’arrête toutes les 10 min car je n’ai aucune force. Parfois même la tête qui tourne. Après ce col, je ne redescends plus en dessous des 4000 m durant 1 semaine. Bien heureusement, le Tadjikistan est plus chaud et moins humide à cette altitude. Les températures ne descendaient pas en dessous de -5 la nuit. Et une fois habitué à l’altitude, les autres cols se passeront beaucoup mieux. Par contre, les matins à 4 000 ce sont les 3 premiers kilomètres qui me mettent a bout de souffle à chaque fois !

       5 cols se sont enchaînés durant cette semaine dont le plus haut s’élève à 4 655 mètres. Pour se rendre compte, en France, c’est la hauteur du Mont Blanc. Tout s’est parfaitement bien passé jusqu’aux deux derniers jours cette semaines là. Un vent de face m’attendait avec impatience. Durant 2 jours je n’ai pas pu dépasser les 10 km/h sur du plat. En plus de cela, la poussière était présente au rendez vous dans cet immense plateau désertique … Certaines rafales soulevaient des nuages de gravillons et de poussière qui m’en fouettaient le visage à tel point que je devais m’arrêter et me blottir sur moi même en urgence quelques secondes le temps que cela passe. J’ai souvent vu des tourbillons de poussière dans les montagnes, mais ce jour là, c’était plus fort et encore plus impressionnant. Durant ma pause déjeuné, une tornade de poussière montant jusqu’àu ciel est passée à côté de la ville. C’était 10 min incroyables. La nature m’a rendu fou à cause de la difficulté et de sa force mais en contre parti c’était aussi impressionnant que beau.

      Rien n’était encore terminé, je devais passer un dernier col à 4 200 mètres puis redescendre dans la vallée.  Descente en altitude oui, mais descente à vélo pas tellement. Les 30 premiers km, une vraie descente franche, puis se sera une alternance de petites montées et descentes le long de la frontière afghane. Une semaine dans une vallée longeant l’Afghanistan. Une vallée sous haute sécurité militaire. Nombreuses sont les bases militaires, nombreux sont les soldats postés sur des tours de guet et marchant en groupe le long de la route. Tout au long de cette route les yeux sont attirés par le versant Afghan, si proche qu’on entend parfois les enfants jouer les vaches meuler et même échanger quelques « coucou ». Les Tadjik ne voient pas les Afghan comme des ennemis car ce sont de simples bergers qui font leur vie comme eux. Mais ils sont méfiants par rapport a la milice Afghane. C’est aussi un lieu de passage de la drogue très important. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas pu librement prendre des photos dans certains endroits.

        Quoi qu’il en soit je sortais d’une semaine de haute montagne où la nature avait pratiquement disparue. Plus je descendais dans cette vallée, plus l’herbe verte commençait à apparaître autour des rivières puis vient le tour des arbres. Vous entendez les oiseaux chanter, sentir a nouveau des odeurs d’eau et de nature. Ce furent ensuite des villages verdoyants, tels des oasis sortis des montagnes. Chaque village est implanté sur des sources naturelles et un système de drainage permet de disperser l’eau à tout le monde. Cette verdoyance, les sourire des gens, chaque personne que je croise me dit bonjour. Cette sensation m’a fait frissonner; les villages s’agrandissaient, après cette semaine passée à plus de 4 000 mètres, où la végétation était presque inexistante où les paysages portaient une dominance de gris, de noir et de marron et où les seuls sourires étaient ceux des voyageurs croisés sur la route. Ce fut incroyable de retrouver ce climat chaleureux.

      Sur cette route si reculée je ne passais malgré tout jamais une journée complète sans voir personne. C’est une destination de voyageurs à moto, en camions aménagés ou à vélo. Il y a également quelques taxis 4×4 qui roulent à vive allure et les camions. J’avais au moins 1 ou 2 voitures par heure. Cela dépendait de l’heure et de l’endroit. 

         Après mon passage au Tadjikistan j’ai ressenti tellement de choses au niveau des paysages et humainement qu’il rentre dans le groupe de pays que j’ai le plus aimé.

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3 Commentaires

Ghislaine Larcher 11 juin 2018 - 12 h 17 min

Comoment d’habitude ton récit nous tient en haleine :que d’efforts !!mais mère Nature te le rendire bien par sa beauté toujours étonnante ! !encore et encore bravo pour ces prouesses ! !tu fais toujours preuve de ténacité quelques que soient les conditions ! !merci pour ce partage passionnant ! !

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Dumartin 11 juin 2018 - 14 h 52 min

Cher jordy tu nous décrit chaque seconde chaque minute chaque heure de ce que tu vis de ton voyage jour 294 encore un poème très émouvant je te connais depuis que tu était bébé je n’aurais jamais imaginé cela de toi Jordy tu nous fais part de ce que tu vis dans ton voyage et nous avons tous apprécions de vivre ça à tes côtés tellement c’est bien écrit je te souhaite une bonne fin de voyage et nous t’attendons à ton arrivée mais cela pense prendre beaucoup de temps car je pense que tu as encore beaucoup de pays en tête à découvrir je te souhaite une bonne fin de voyage Jordy gros bisous de la famille du Martin

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Andrée-René 12 juin 2018 - 16 h 30 min

« Chapeau bas » Jordy. Ta force morale t’a permis de surmonter toutes tes difficultés physiques! Bravo. Tu as du souffrir un peu… Les hauts cols tu les avais dans la tête, maintenant tu les as aussi dans les yeux et dans les jambes! Dame nature t’a récompensé. Que de paysages grandioses; on voyage un peu avec toi. Merci pour ces moments de partage merveilleux,

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